Description
Collection Galerie Zlotowski
Véra Molnar, Une faille dans le système, oeuvres de 1947 à 1968
Avec les contributions de Cécilia Becanovic, Isabelle Ewig, Laurent Salomé, Isabelle Spaak et Yves
Zlotowski.
Catalogue de l’exposition monographique organisée par la Galerie Zlotowski consacrée aux oeuvres réalisées entre 1947, année de l’arrivée de l’artiste à Paris depuis la Hongrie, et 1968 quand elle découvre l’ordinateur, qui deviendra son outil privilégié. Cet ensemble inédit de gouaches, de collages, de dessins et de peintures précède la pratique de l’art numérique qui fera entrer l’artiste dans l’histoire de l’art. Ces suites géométriques décalées, ces formes parfois biomorphiques réalisées dans les années 1940 et 1950 frappent par leur caractère unique.
Ces oeuvres convoquent Sonia Delaunay et Sophie Taeuber-Arp, Jean Arp et Theo van Doesburg, le constructivisme mais aussi l’art concret et portent en elles une contradiction qui les rend intrigantes : la quête de l’ordre et la volonté desemer le désordre.
Véra Molnar : poser les règles et les déjouer
Durant ses premières années parisiennes, Véra Molnar multiplie les essais, explore les combinaisons possibles de formes géométriques ou biomorphiques et cette démarche expérimentale s’impose comme le principe moteur de son processus créatif.
Une fois les séries éprouvées, les points, cercles et carrés répartis sur la feuille, la nécessité du désordre surgit. Sa démarche tient dans cette tension féconde : faire cohabiter un système de règles objectives, et sa remise en cause. Fausses symétries, ruptures de rythme, décalages inattendus, altérations discrètes : cette prise de distance avec la géométrie pure protège le regard du caractère hypnotique des figures trop bien alignées. Ce dialogue entre méthode et désordre confère au geste créatif une dimension à la fois rigoureuse et libératrice, tout en nuançant l’esprit de sérieux associé à l’art concret.
« (Pour Véra Molnar) il vaut mieux choisir la voie de la désobéissance discrète, qui consiste à introduire « une faille dans le système ». Une faille que l’on décèle dans les oeuvres de la fin des années 1940 et des années 1950 qui, par leur petit format, leurs techniques – dessins, gouaches, aquarelles, collages –, leur aspect spontané et « fait main », proposent une interprétation toute personnelle et éminemment sensible du constructivisme » — Isabelle Ewig
Réaliser et regarder ces gouaches deviennent des exercices de liberté, d’autant plus jouissifs que l’artiste s’est elle-même donné les contraintes qu’elle bafoue ensuite. En cela, Véra Molnar est une artiste politique : elle nous dit que, dans les systèmes les plus contraignants, même ceux que l’on a intériorisés, la liberté peut toujours s’infiltrer et se signaler. Cette imperfection assumée évoque également Sonia Delaunay qui fut pour Véra Molnar une inspiration majeure. Toutes deux revendiquent une part d’imperfection et laissent à qui regarde la faculté de corriger une composition.
La machine informatique, outil privilégié de l’artiste après 1968, n’effacera jamais ce signal : celui d’une conscience qui nous invite à ne pas nous laisser dévorer par la fascination des systèmes ficelés par nos intelligences, qu’elles soient personnelles ou artificielles.
« Les oeuvres que Véra Molnar réalise entre 1947 et 1968 témoignent du caractère extraordinairement subversif de l’artiste : elle pose ses propres règles puis se réjouit de les piétiner. C’est aussi une période fascinante de son oeuvre car sa pratique s’ancre dans l’histoire de la modernité. Présenter cet ensemble rarissime s’inscrit dans la démarche de la Galerie Zlotowski qui défend les avant-gardes du XXe siècle depuis sa création et, en leur coeur, les grandes figures féminines de l’abstraction telles que Sonia Delaunay ou Sophie Taeuber-Arp. Véra Molnar s’inscrit magnifiquement dans cette filiation. » — Yves Zlotowski
Véra Molnar : une vie d’artiste libre
Véra Molnar, née Vera Gács le 5 janvier 1924 à Budapest, est considérée comme l’une des pionnières de l’art numérique et de l’art génératif. Dès ses études à l’École des Beaux-Arts de Budapest, où elle suit une formation en peinture, histoire de l’art et esthétique, elle s’intéresse à l’abstraction. En 1946, alors qu’elle est encore étudiante, elle réalise sa première oeuvre non figurative. Après avoir obtenu son diplôme en 1947, elle enseigne brièvement avant de partir à Rome puis à Paris avec François Molnár, qu’elle épouse en 1948. Le couple choisit de rester en France en 1949.
À Paris, Véra Molnar fréquente les milieux de l’avant-garde artistique et se lie d’amitié avec des artistes majeurs comme François Morellet et Max Bill. Fascinée par les mathématiques, les formes géométriques et les règles de composition, elle imagine dès 1959 une « machine imaginaire », un système de création fondé sur des algorithmes, bien avant d’avoir accès à un véritable ordinateur.
Elle participe ensuite à la fondation du Groupe de Recherche d’Art Visuel (GRAV) et contribue au développement des liens entre art, science et technologie. À partir de la fin des années 1960, Véra Molnar utilise l’informatique comme outil de création. Elle réalise ses premières oeuvres numériques grâce à un ordinateur Bull, puis travaille pendant plusieurs années avec un ordinateur IBM et un traceur Benson à l’université de Paris-Sorbonne.
Avec son époux, elle développe également un programme informatique appelé Molnárt. Son travail est présenté dans de nombreuses expositions consacrées à l’art informatique en Europe et aux États-Unis, tandis qu’elle participe à la création de plusieurs structures de recherche et enseigne à l’université Paris-I.
À partir des années 1990, la reconnaissance de son oeuvre s’accélère. Ses expositions personnelles se multiplient, ses travaux font l’objet de publications importantes et plusieurs distinctions viennent saluer sa carrière. Elle reçoit notamment le Prix DAM Digital Art en 2006, est nommée chevalier de la Légion d’honneur en 2012, puis officier de l’Ordre du Mérite de la République hongroise en 2015. Ses oeuvres sont exposées dans de prestigieuses institutions, notamment au MoMA de New York ou au LACMA de Los Angeles. Le Centre Pompidou lui a consacré une exposition personnelle du 28 février au 26 août 2024, qui fut inaugurée peu après le décès de l’artiste survenu à Paris le 7 décembre 2023, à l’âge de 99 ans.
À propos de la galerie Zlotowski
La Galerie Zlotowski, créée en 1998, est spécialisée dans les avant-gardes du XXᵉ siècle, suivant deux voies parallèles, mais complémentaires. Elle expose fréquemment des acteurs majeurs de l’art moderne tels que Sonia Delaunay, Jean Dubuffet, Kurt Schwitters ou Georges Valmier via ses expositions et catalogues. Elle a dans ce contexte contribué à la reconnaissance de l’oeuvre plastique de Le Corbusier, artiste-clé de la Galerie. À côté de ces grands acteurs modernes, la Galerie propose régulièrement la redécouverte d’artistes méconnus tels que Ella Bergmann- Michel, Robert Michel, Stéphane Mandelbaum ou Eugene J. Martin. Présente dans les grandes foires internationales telles que TEFAF et ayant publié de nombreux catalogues, la Galerie défend des oeuvres pointues, inédites, privilégiant son regard et ses convictions.












