Description
PARUTION EN LIBRAIRIES LE 2 OCTOBRE 2026
Frans Masereel
Figures et Grimaces
Introduction de Martin de Halleux
Grand album : 240 x 320 mm
Reliure cartonnée, cousue, fer à chaud sur la couverture
Prix TTC France : 29 €
ISBN : 978-2-490393-47-3
Diffusion / Distribution : Harmonia Mundi Livre
Cent ans après sa parution en 1926, voici pour
la première fois réédité Figures et Grimaces, une rare et extraordinaire galerie de portraits selon le père
du roman graphique sans paroles, Frans Masereel
En 1926, Frans Masereel publie Figures et Grimaces et sa galerie de soixante portraits. Une série de héros entraperçus dans son roman en images La Ville auxquels Masereel offre désormais un caractère et une intériorité propres.
Dans Figures et Grimaces, Frans Masereel s’intéresse aux détails des visages et des expressions, au cadre de vie et à l’environnement immédiat de ses personnages. Nous sommes face à des individus, à des peines, des joies, des peurs, des rêves ; nous sommes dans l’intime, loin du brouhaha indistinct des foules.
Cent ans après sa parution à Paris en 1926, à seulement 415 exemplaires, voici pour la première fois réédité Figures et Grimaces, une rare et extraordinaire galerie de portraits du monde selon le père du roman graphique sans paroles, Frans Masereel.
Avec cet ouvrage exceptionnel, Les Éditions Martin de Halleux poursuivent leur travail sur l’œuvre de Frans Masereel qui nous a déjà permis de découvrir plusieurs de ses chefs-d’œuvre tels que La Ville, Idée ou encore Mon livre d’heures.
Figures et Grimaces s’attarde à la complicité amoureuse entre le jazzman noir et la danseuse de cabaret, à l’effroi du chauffeur face à l’accident, au coiffeur maniéré et ses bagues, au plaisir et à l’extase, à l’ennui désabusé des prostituées, à la tendresse des amoureux. Masereel n’oublie pas non plus qu’il est aussi un artiste engagé, et il dénonce avec violence les terribles conditions de vie des pauvres et des oubliés. Masereel crée ses personnages, les croque et les caricature, son trait est acéré, noir, il appuie là où ça fait mal. Il dénonce mais à la fois il s’émeut, car Masereel, qui s’engage et combat aux côtés des faibles et des opprimés, croit finalement profondément en la bonté de l’être humain.
INTRODUCTION DE L’ÉDITEUR
Portraits à l’encre noire
En 1922, Frans Masereel quitte la Suisse et s’installe à Paris où, plus que nulle part ailleurs, les Années folles font battre le cœur de la Ville Lumière. Il s’établit avec son épouse, Pauline, au cinquième étage du 32, rue Lamarck, en haut de la butte Montmartre, à quelques mètres des vertigineux escaliers de la rue Muller, offrant un spectaculaire panorama.
Derrière la longue-vue qu’il a installée à la fenêtre de son petit atelier, Masereel passe de longues heures à observer les détails de chaque fenêtre de chaque immeuble de la ville.
Comme son ami Romain Rolland, Frans Masereel se tient à l’écart des mouvements qui s’organisent dans l’effervescence artistique parisienne, souvent les uns contre les autres. Cubistes, futuristes, dadaïstes, surréalistes ennuient Masereel. Il leur préfère la compagnie de Stefan Zweig, qui vient lui rendre visite, de Panaït Istrati, de Kurt Tucholsky ou encore de George Grosz arrivé de Berlin après son second procès pour « dépassement des bienséances ». Une profonde amitié liera Masereel à Grosz qui partagent un engagement social profond et la conviction que l’art ne se réduit pas à des questions de formes, mais doit avoir une fonction politique. « Vos pinceaux et vos plumes devraient être des armes, mais ce sont des brins de paille vides » s’exclamera Grosz à l’adresse de ses contemporains(1).
Cette période est très fructueuse pour Masereel, qui réalise, outre ce superbe Figures et Grimaces, la série de bois gravés de La Ville, les dessins de son livre Bilder der Grosstadt et d’exceptionnelles aquarelles de scènes de la vie nocturne parisienne. C’est également à cette époque que paraît son monumental travail d’illustration pour Ulenspiegel qui lui vaudra une reconnaissance unanime dans le monde germanique.
Ainsi, Masereel mène son laborieux chemin à l’écart des modes et, comme le remarque avec malice George Grosz, « Il se distingue essentiellement de la masse des peintres parisiens par le fait qu’il ne peint pas de guitares(2). »
La Ville, décors symphoniques
Dès 1917, alors qu’il est encore en Suisse, Frans Masereel réalise des dizaines de bois gravés, premières ébauches de ce qu’il imagine comme un « grand poème en images », inspiré par Les Villes tentaculaires du poète belge Émile Verhaeren.
Son ami Pierre Jean Jouve découvre ces premières compositions et écrit un article dans le journal genevois La Nation. Il y témoigne de son enthousiasme pour ces petites images de chemins de fer, de ponts, d’accidents, de naissances, de bagarres d’ivrognes, d’usines, de foules et de travailleurs épuisés. « … tout l’extérieur et l’intérieur de la ville, avec la violence, les envies, les brutalités, les lascivités, les crimes, les tendresses, les peines des hommes(3). »
Mais ce n’est qu’en 1924, à Paris, que Frans Masereel achève son projet qu’il intitule simplement La Ville et dont son ami Stefan Zweig écrira à son propos après une visite rue Lamarck : « De toutes les œuvres que ce jeune homme a réalisées jusqu’ici, c’est la plus belle et la meilleure(4). » Pierre Jean Jouve et Stefan Zweig ne s’y sont pas trompés, dès sa publication en septembre, La Ville, malgré un tirage très faible de 275 exemplaires, (dont 25 « hors commerce ») sera considéré par les amateurs comme l’un des chefs-d’œuvre du graveur belge.
Dans cet opus, le personnage principal est sans conteste la ville. Les hommes, les femmes et les enfants qui la peuplent sont comme autant d’acteurs inspirés au sein d’un décor qui conserve néanmoins le premier rôle.
Figures et Grimaces, face à l’intime
Un an plus tard, Masereel publie Figures et Grimaces et sa galerie de soixante portraits. Une série de héros entraperçus dans La Ville auxquels Masereel offre désormais un caractère et une intériorité propres.
Dans Figures et Grimaces, Masereel resserre son propos et son cadre, il s’intéresse aux détails des visages et des expressions, au cadre de vie et à l’environnement immédiat de ses personnages. Nous sommes désormais face à des individus, à des peines, des joies, des peurs, des rêves ; nous sommes dans l’intime, loin du brouhaha indistinct des foules. Quand La Ville nous propose des scènes de fêtes endiablées, des Apaches, des cocottes et des matelots, Figures et Grimaces s’attarde à la complicité amoureuse entre le jazzman noir et la danseuse de cabaret, à l’effroi du chauffeur face à l’accident, au coiffeur maniéré et ses bagues, au plaisir et à l’extase, à l’ennui désabusé des prostituées, à la tendresse des amoureux. Mais Masereel n’oublie pas qu’il est aussi un artiste engagé, et, comme son ami George Grosz, il dénonce avec violence les terribles conditions de vie des pauvres et des oubliés, il accuse et montre le patron aux mains baladeuses, le violeur, l’étrangleur, le mac et cette foule d’hommes prédateurs qui peuplent les villes.
Décrire le monde
On ne peut regarder ces portraits sans penser également à August Sander. Le photographe de Cologne publiera lui aussi en 1929 une première série de soixante portraits qui sont aujourd’hui entrés dans l’histoire de la photographie(5). Sander, qui déclarera à propos de son travail de portraitiste : « À travers l’expression d’un visage, nous pouvons immédiatement déterminer quel travail il [l’individu] accomplit ou n’accomplit pas, dans ses traits nous lisons s’il éprouve du chagrin ou de la joie, car la vie y laisse immanquablement ses traces. Un poème dit : “Dans chaque visage d’homme, son histoire est écrite de la façon la plus claire. L’un sait la lire, l’autre non.”(6) » Tout comme Sander, les soixante bois gravés de Masereel proposent une approche quasi ethnographique de la société tout entière. On trouve ainsi dans Figures et Grimaces un boucher, un banquier, un enfant, un mécano, un serveur, un clown, un clochard… une galerie de portraits de tous types d’hommes et de femmes, toutes classes sociales et métiers rassemblés. Mais à la différence de Sander, Masereel crée ses personnages, les croque et les caricature, son trait est acéré, noir, il appuie là où ça fait mal. Il dénonce mais à la fois il s’émeut, car Masereel, qui s’engage et combat aux côtés des faibles et des opprimés, croit finalement profondément en la bonté de l’être humain.
Martin de Halleux
1. George Grosz et Wieland Herzfelde, Die Kunst ist in Gefahr : 3 Aufsätze, Berlin, Malik-Verlag, 1925.
2. Lettre de George Grosz à Otto Schmalhausen, Paris, le 8 avril 1924, traduit de l’allemand in Joris Van Parys, Frans Masereel, une biographie, AML éditions, 2008.
3. Pierre Jean Jouve, dans La Nation, décembre 1917.
4. Lettre de Stefan Zweig à Anton Kippenberg, le 30 novembre 1924.
5. Antlitz der Zeit [Visage d’une époque], préfacé par Alfred Döblin, Transmare Verlag, Munich, 1929.
6. August Sander, 5e conférence radiophonique, « Le Carrousel des métiers », 1931, p. 7-8, in Olivier Lugon, Le style documentaire. D’August Sander à Walker Evans 1920-1945, Paris, Macula, 2001, 2017, p. 230-231.
Frans Masereel
Frans Masereel (1889-1972) est aujourd’hui considéré comme l’inventeur du roman graphique sans paroles moderne. Grand ami de Stefan Zweig, Romain Rolland ou encore George Grosz, le graveur belge va marquer les esprits avec ses œuvres engagées en noir et blanc. Défendant les opprimés, la justice sociale et la liberté individuelle, il produit des romans en images et sans paroles qui vont susciter l’admiration de ses contemporains tels Pierre Jean Jouve, Thomas Mann ou encore Hermann Hesse, qui écrira : « Masereel était réellement le seul homme qui, jour après jour, fit quelque chose de sensible, quelque chose de bien, quelque chose dont nous pouvons être reconnaissants. »
Les Éditions Martin de Halleux et Frans Masereel
Avec la grande monographie Frans Masereel, l’empreinte du monde, parue en 2018, Les Éditions Martin de Halleux vont remettre l’œuvre de Frans Masereel sur le devant de la scène et la faire découvrir à de très nombreux nouveaux lecteurs. Suivra ensuite la réédition de ses romans graphiques sans paroles :
Idée, avec une préface de Lola Lafon
La Ville, avec préface de Charles Berberian
25 Images de la passion d’un homme, avec une préface de Thomas Ott
L’œuvre, avec une préface de Loustal
Mon livre d’heures, avec une préface de Tardi
Le Soleil, avec une préface de Blexbolex




















