Description
PARUTION EN LIBRAIRIES LE 23 OCTOBRE 2026
Eric Drooker
NAKED CITY
Traduit de l’anglais (USA) par Émile Bertherat
Prix TTC France : 35 €
Format : 170 x 240 mm
336 pages – Reliure cartonnée, cousue
ISBN : 978-2-490393-45-9
Diffusion / Distribution : Harmonia Mundi Livre
Un roman graphique qui parle d’art, de révolte et de solidarité dans l’Amérique d’aujourd’hui
Il était une fois une jeune chanteuse qui débarqua en stop à New York par une froide nuit d’hiver. Sans argent, elle accepte de poser nue pour un peintre de Manhattan en mal d’inspiration. Un beau soir, au coin d’une rue elle rencontre un danseur queer, punk métis, qui changera sa vie.
Mille-feuille symbolique de plus de 330 pages, Naked City est sans doute le livre le plus ambitieux et le plus personnel d’Eric Drooker.
Après Flood et Blood Song, deux romans graphiques sans paroles, l’artiste revient plus de vingt ans plus tard dans la ville où il a grandi pour imaginer « ce conte urbain » et clore sa « trilogie » dans la lignée de Will Eisner. Ce digne héritier de Masereel et de Lynd Ward ne tourne pour autant pas le dos au réalisme social. Mais il renoue cette fois avec la forme plus traditionnelle du comics en composant cette partition chorale en mots et en images.
Eric Drooker
Artiste engagé, Eric Drooker est né en 1958 à New York. Il vit désormais en Californie, dans la baie de San Francisco, mais le Lower East Side, le quartier de Manhattan où il a passé les quarante premières années de sa vie, continue d’irriguer toute son œuvre.
Peintre, affichiste, auteur de BD et musicien à ses heures, il s’est imposé comme une figure emblématique de la scène underground américaine.
Initié très jeune à l’expressionnisme de Frans Masereel, il découvre Lynd Ward à l’adolescence alors qu’il commence à peindre dans la rue. Depuis les années 1990, il s’est fait connaître en dessinant pour la presse et en signant régulièrement les couvertures du New Yorker. Ses œuvres figurent aussi dans les collections permanentes du MoMA (Museum of Modern Art) de New York, au Musée de Brooklyn et à la Bibliothèque du Congrès.
Salué par des artistes comme Joe Sacco et Art Spiegelman, son premier roman graphique sans parole, Flood! a remporté un Américan Book Award. Blood Song est actuellement en cours d’adaptation au cinéma. Il clôt cette trilogie urbaine avec Naked City, acclamé par la critique.
À propos de FLOOD!
« Flood! est une œuvre puissante et incontestable. Eric Drooker est un magicien qui fait jaillir la lumière et la vie d’un océan d’encre et de ténèbres. »
Art Spiegelman« De puissantes illustrations en noir et blanc, aux confins de l’étrange. À ne pas manquer. »
Frank Miller
À propos de BLOOD SONG
« La régénération, la renaissance et la résistance, autant de thèmes abordés dans Blood Song qui viennent s’opposer à la puissance brute des armées et des forces de police qui servent les intérêts de certains. Drooker nous offre un accès direct au cœur de son héroïne. »
Joe Sacco« Blood Song, livre d’une beauté saisissante au récit puissant et captivant… Le récit mytho-poétique de la fuite d’une jeune femme, d’un Éden en ruines vers une ville corrompue et terrifiante. »
Nick Hornby New-York Times Book Review
Un conte urbain, une ode au New York rebelle et aux artistes qui font vivre ses rues et chantent leur révolte.
Les destins d’artistes se croisent et font danser les cases. A l’instar des invisibles, ils luttent pour survivre dans cette métropole qui fait rêver mais qui tue. La mise à nu est cruelle. L’art sait aussi défier l’architecture inhumaine, consoler les solitudes et réchauffer les cœurs. Dans un tourbillon graphique et émotionnel, la bande dessinée a le pouvoir de chorégraphier cet élan qui rassemble. Offerte en remède au désespoir, elle rend un puissant hommage à toutes celles et ceux qui, au pied des gratte-ciel, se débattent vaille que vaille.
« Cette ville t’avalera toute crue et recrachera ton cœur », prophétise la vieille Jamaïquaine dans la voiture qui conduit Isabel, la jeune chanteuse, de Détroit à New York. Depuis l’autoroute, les immeubles se devinent au loin, imposent l’omniprésence fantomatique de la métropole.
« Toutes les villes ont une personnalité. Celle de New York est particulièrement forte. J’ai accordé une attention particulière à l’architecture des différents quartiers, dans le but de révéler ce que la ville cache derrière sa façade de briques. » commente Eric Drooker.
A travers le blizzard et la fumée, la neige ou la pluie, la ville dessine son caractère dans une cartographie précise. Depuis la vue des toits jusqu’au ras du sol, en plongeant dans le métro souterrain, les doubles planches rythment la mise en scène de son implacable verticalité.
Avec Naked City, de Brooklyn à Manhattan l’artiste achève sa trilogie new-yorkaise dans la lignée de Will Eisner et revient sur les traces de son passé.
« J’ai voulu faire de Manhattan un personnage central de l’histoire, montrer l’inconstance de cette île dangereuse qui peut vous embrasser tendrement pour vous tuer ensuite. Manhattan a tué Malcom X et John Lennon mais aussi beaucoup de personnes que j’aimais profondément soit qu’elles aient sauté du toit, soit qu’elles soient tombées sur les rails du métro, soit qu’elles soient mortes d’une overdose dans des immeubles insalubres.» Cette sombre réalité dicte la trame du conte, la malédiction de la ville-mirage.
Un autoportrait choral
Au jeu des échelles, New-York commande par la force menaçante et silencieuse de son architecture gigantesque qui donne la mesure de la vulnérabilité humaine. La foule des solitudes s’esquisse en silhouettes sur les trottoirs. Au milieu de cette « armée des somnambules » s’incarnent trois portraits d’artistes.
« J’ai conçu cette fiction pour témoigner d’une manière divertissante et sincère de la façon dont les artistes survivent au XXIe siècle. Je me suis inspiré de ma propre expérience ou de celles d’artistes que j’ai connus à New York. Chacun des personnages personnifie différents aspects de ma psyché. Le peintre surnommé « Rembrandt » est un stéréotype de l’image de l’artiste héritée du XIXème siècle. Il renvoie aussi à une version plus jeune et plus naïve de moi-même. Quant à Isabel, la musicienne et Alex, la danseuse non binaire, ils font aussi partie de moi. » confie l’auteur.
Le conte réunit les trajectoires dans une dramaturgie en cinq actes qui, en alternant le point de vue du peintre anonyme et de la musicienne s’amuse aussi des antagonistes archétypaux.
Le profil de la danseuse queer aux origines indéterminées, introduit un élément perturbateur. Son corps toujours en mouvement, « qui déborde des cases » renverse les regards et apporte un contrepoint critique : « La danse est la langue secrète de l’âme », clame-t-elle. Comme le Puck de Shakespeare dans ce songe d’une nuit d’hiver, ce personnage jette des ponts entre les réalités parallèles.
L’art de survivre
Eric Drooker témoigne : « Aux États-Unis, le soutien gouvernemental aux arts a pratiquement disparu au profit des dépenses militaires. Sans aucune protection sociale, les artistes luttent simplement aujourd’hui pour survivre ».
Cet art de survivre, c’est la leçon que donne le laveur de vitres lorsque le peintre invite un sans-abri à poser dans son atelier. « Sans que je me l’explique, ce laveur de pare-brise est le premier personnage qui m’est venu en tête. Je pensais aussi à la répression contre les sans-abris, souvent de simples travailleurs ayant perdu leur emploi à la suite d’un accident de la vie. » ajoute l’auteur.
Surgie par hasard, la figure fugace de ce laveur de vitre sert de métaphore et de fil d’Ariane au récit. Ce héros discret est aussi là pour rappeler que le rôle des artistes est de se confronter au réel dans un monde d’apparences où tout tourne autour de l’argent.
Le peintre retranché dans sa « tour d’ivoire », prend conscience qu’il fait fausse route quand il cherche à plaire aux galeries ou aux musées. Il réalise que « ces cimetières de l’art » ne profiteront de ses œuvres qu’après sa mort. Tout comme Isabel, la chanteuse devenue star est exploitée par son manager, il s’est éloigné de son public.
Refusant les chimères de la consécration marchande, il ramène l’artiste dans le miroir de l’homme de la rue à la condition des travailleurs ordinaires.
Une partition poétique
L’art est un langage. Dans ses précédents albums, Eric Drooker a toujours privilégié les narrations muettes. Il renoue cette fois avec la tradition des comics américains en usant de toute la grammaire textuelle de la BD sans s’interdire de magnifiques passages sans paroles.
« La musique a toujours été présente dans mes livres. J’aime inviter les arts. Comme la BD, la musique fait appel à plusieurs sens et invite à des interprétations multiples et ouvertes. Comme dit le dicton « la musique, c’est le silence entre les notes », la BD, c’est le silence entre les cases. Et même si j’ai décidé ici d’inclure des dialogues, des légendes et des effets sonores, les séquences sans paroles restent très présentes. Parce que je suis convaincu que les images proposent au lecteur une indentification plus directe et plus intime des personnages. »
Les mots font sonner les mélodies. Le silence et les ellipses orchestrent la symphonie visuelle. Les bichromies bleu et ocre fusionnent dans la texture des tableaux du peintre et font vibrer le noir et blanc en gammes d’émotions nouvelles.
La magie de la mise à nu
Reste la clé du mystère. Le titre, « Naked City », renvoie au film noir de 1948, lui-même inspiré du premier recueil de Weegee, un photographe de rue.
La nudité, c’est d’abord celle de la ville, la vie cachée derrière la minéralité inerte des immeubles avec leurs fenêtres écrans. C’est aussi cette nudité que le peintre cherche à capturer en délaissant les paysages urbains pour capturer dans ses nus l’humanité en chair et en os. C’est enfin l’idéal à atteindre, cette quête d’un art de la mise à nu qui dévoile les vérités profondes au-delà des déjà-vu et des conventions fixées par le marché et l’histoire de l’art.
« Dans l’atelier du peintre, au fil des chapitres, tous les personnages posent nus y compris le peintre lui-même. C’est la fantaisie dramatique du récit, mais la nudité sous toutes ses formes – littérale, émotionnelle, spirituelle – est présente tout au long du livre ». Confirme l’auteur.
La mise à nu est une mise en abyme qui revendique le désir de creuser au-delà des travestissements.
« Faire de l’art, c’est rendre visible l’invisible », rappelle Alex en se saisissant des pinceaux.
Isabel la géante domine la ville. Les pieds dans l’eau, la musicienne s’érige comme un nouvel emblème de la liberté : une lueur d’espoir qui réconforte dans les ténèbres de l’actualité.
Un hymne à la solidarité
Sans artifices, la ville qui maltraite les individus se révèle. Même le peintre candide, homme blanc privilégié, en est la victime. Le traitement caricatural de cette figure ajoute un zeste d’humour et de légèreté. Il contraste avec le parcours traumatique d’Isabel, la chanteuse sans papier.
Eric Drooker accorde les tonalités dramatiques pour ajuster la portée politique de ce plaidoyer humaniste. Il vise aussi les dérives des Etats-Unis de Trump.
L’auteur prévient : « Le racisme et l’hystérie anti-immigrés ne sont pas un phénomène nouveau, ni propre aux États-Unis, mais je voulais aussi dénoncer la montée en puissance récente de l’ICE (Immigration Customs Enforcement), la police secrète américaine. »
La tragicomédie met en relief ce sinistre constat. Elle amène aussi la lumière des clairs obscurs, cette solidarité qui réunit artistes, marginaux et déshérités, ceux qui continuent à résister et à avancer.
« Nous vivons une époque stressante et inquiétante. En mêlant comédie et tristesse, je ne voulais pas ajouter au sentiment de tragédie ambiant. Quelles que soient les époques, l’art est toujours un moyen d’échapper à l’aliénation. » insiste l’auteur.
















